Soyez remerciés, mes yeux,
D’être restés si clairs, sous
mon front déjà vieux,
Pour voir au loin bouger et vibrer la
lumière ;
Et vous, mes mains, de tressaillir dans le soleil ;
Et
vous, mes doigts, de vous dorer aux fruits vermeils
Pendus au long
du mur, près des roses trémières.
Soyez remercié, mon corps,
D’être ferme, rapide, et
frémissant encor
Au toucher des vents prompts ou des brises profondes ;
Et vous, mon torse droit et mes larges poumons,
De
respirer, au long des mers ou sur les monts,
L’air radieux et
vif qui baigne et mord les mondes...
(Photo : Einmeldingen, août 2025) Émile Verhaeren (La joie, Multiple Splendeur,1906)